La nouvelle est sortie en début de semaine et c’est un sujet qui m’intéresse particulièrement. Vous trouverez que le style de ce billet est certes plus journalistique que d’habitude puisque je parle surtout de statistiques et de faits mais je pense qu’il vaut vraiment la peine que l’on s’y attarde. Il s’agit de la situation d’endettement des ménages Canadiens, qui a été confirmé par le dernier rapport en date de l’institut Vanier de la famille.
Les Canadiens sont plus endettés que jamais. Les économistes affirment que le maintien des taux d’intérêt à un niveau très faible signifie que l’endettement est encore gérable. Cependant que va-t-il se passer quand les taux vont augmenter? Il y a de quoi s’inquiéter…
En 2009, la banque centrale a promis, et a maintenu, sa promesse de ne pas augmenter le taux directeur avant Juin 2010 afin de préserver la reprise économique, qui est maintenant entamée; on peut donc raisonnablement assumer que les consommateurs que nous sommes ne feront pas face à une série d’augmentations rapides des taux d’intérêt. C’est d’ailleurs ce qui m’a convaincu de passer au travers de toutes les étapes nécessaires afin de transférer mon hypothèque de la Banque Royale à ING. De toute évidence les ménages dont le niveau d’endettement est supérieur à la moyenne seront plus vulnérables lorsque les taux d’intérêt augmenteront. C’est un fait, c’est une question de temps. Les taux d’intérêt sont à un niveau plancher historique, ils ne peuvent que remonter.
Record d’endettement battu au Canada en 2009
D’après le rapport 2009 de l’état actuel du budget de la famille Canadienne produit en début de semaine par l’institut Vanier de la famille, encore plus de ménages Canadiens ont sombré dans l’endettement en 2009, battant même un record encore jamais vu au Canada sur le ratio d’endettement.
L’étude montre que la dette moyenne des ménages canadiens a grimpé à $96,100, ce qui met le ratio d’endettement à 145% en 2009. D’après le rapport,
« Du point de vue des ménages, le chômage demeurera élevé pendant un certain temps, la croissance des revenus sera encore faible et de nombreuses familles ressentiront un urgent besoin de rétablir ou de renforcer leur situation financière. Pour nombre d’entre elles, les revenus sont insuffisants, les dépenses, trop nombreuses, l’épargne, dérisoire et l’endettement, trop élevé. »
Pas très reluisant tout ça…
D’un autre côté, le rapport précise qu’
« Avant la récession, le taux d’épargne personnelle se situait à environ 2 % et il a maintenant plus que doublé pour atteindre presque 5 % au cours des quatre derniers trimestres. Il s’agit d’un changement considérable dans l’attitude et le comportement des ménages. »
Donc les ménages sont plus endettés mais d’autre part ils mettent plus d’argent de côté. Ça semble paradoxal mais en fait c’est beaucoup dû au fait que beaucoup de Canadiens ont perdu leur emploi au plus fort de la récession, combiné avec le fait que la valeur nette des ménages a chuté dramatiquement en peu de temps (et pour longtemps). À bien y penser, je me demande encore ce qui s’est passé avec les quelques REER que j’avais réussi à préserver après mon divorce…
Un autre fait troublant que le rapport fait ressortir est que 59% des répondants ont déclaré qu’ils seraient en position de vulnérabilité financière si leur chèque de paie était retardé ne serait-ce que d’une semaine. Où est donc la notion de fonds d’urgence?!? Les Canadiens vivent d’un chèque de paie à l’autre.
Une bulle immobière
Et pour ce qui est des maisons, le rapport a également indiqué qu’il y avait probablement une bulle immobilière, ce que Stephen Jarilowski, financier Canadien, confirme avec véhémence. D’après Jarilowski, maintenant est le moment de vendre et non pas d’acheter car les prix ont été gonflé artificiellement. Le prix des logements en Octobre et Novembre 2009 a augmenté à environ $340,000 dollars, soit cinq fois la moyenne des revenus après impôt des ménages canadiens. Cette tendance s’est corrigée pendant quelques mois à la fin de 2008 et au début de 2009, mais s’est envolée de nouveau. Ceci est surtout dû, encore une fois, aux faibles taux d’intérêt, qui a incité les futurs propriétaires à acheter des maisons qui coûtent trop cher pour leur bourse sur une longue période d’amortisation, et sans nécessairement avoir les 20% de mise de fonds.
« Les statistiques démontrent que, pendant la dernière année, l’encours des hypothèques détenu par les banques était essentiellement négligeable tandis que les hypothèques titrisées (détenues par la SCHL) de la L.N.H. (Loi nationale sur l’habitation) ont augmenté d’un tiers et représentent ainsi presque l’ensemble de la croissance de l’encours des hypothèques résidentielles de la dernière année. À ce titre, le risque de la chute du prix des maisons repose de plus en plus sur les épaules des contribuables. »
Un autre bon signe qu’il s’agisse effectivement d’une bulle immobilière est qu’il y a de plus en plus de spéculateurs sur le marché, c’est-à-dire de gens qui achètent et revendent des biens immobiliers afin de faire un profit, plutôt que d’utiliser un support plus traditionnel comme les actions en bourse. L’apparition de tels investisseurs ne fait qu’accentuer la tendance.
Et là le rapport pose une excellente question : « Que se passerait-il si le prix moyen des maisons ne représentait que 3,7 fois (la moyenne des deux décennies) le revenu moyen des ménages après impôts? Le prix des maisons serait d’environ $250,000 de retour au niveau de 2005. Ce prix de $250,000 est de 26 % inférieur au prix de $340 000 d’octobre/novembre. Oui, si on ne regarde que les faits Oui, on peut parler de « bulle immobilière » qui risque d’éclater…
« Les gens qui ont récemment fait l’achat d’une maison à prix fort souffriraient beaucoup d’un retour rapide au ratio traditionnel entre le prix des habitations et le revenu. »
Mesures futures du gouvernement Canadien
Ottawa est également préoccupé par le niveau d’endettement que les ménages canadiens supportent au travers de leurs prêts hypothécaires. Le ministre des Finances Jim Flaherty a confié pendant une conférence de presse mardi dernier qu’Ottawa exigerait prochainement que tous les emprunteurs soient en mesure d’assumer les conditions d’un prêt hypothécaire de 5 ans à taux fixe, même s’ils optent pour un prêt hypothécaire à taux variable. Une autre règle qui sera bientôt mise en vigueur touchera les personnes qui cherchent à refinancer leurs crédits hypothécaires, notamment en diminuant le montant maximal qui peut être retiré sur l’équité de leur maison à 90% au lieu des 95% actuel (ce que je trouve déjà énorme). Ottawa imposera également une mise de fonds de 20% minimale pour les habitations qui ne seront pas occupées par leur propriétaire.
Les drapeaux sont levés. Au risque d’apparaître mélodramatique, je pense vraiment qu’il faut se poser la question: Est-ce que l’économie du pays va rechuter? Si cela arrive ce ne sera certainement pas aussi critique que la crise qui a débuté aux États-Unis. Le Canada n’est pas dans une situation aussi terrible mais une chose est sûre il faut arrêter la tendance, renverser la situation et éviter le surendettement des ménages, que ce soit au niveau des produits à la consommation ou des hypothèques. Personnellement je considère que j’ai acheté ma maison à un bon prix et je n’ai pas l’intention de vendre. Je veux rembourser ma dette le plus rapidement possible pour vivre libre d’obligations financières.
Et vous, quel est votre sentiment vis-à-vis de l’endettement des ménages Canadiens?
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Je ne sais pas grand’chose des ménages canadiens en général. Je sais seulement que la pression sociale demeure forte.
Je prêche dans le désert les vertus de l’épargne et surtout celles d’un mode de vie qui serait basé sur autre chose que la valorisation personnelle par l’achat et la consommation. On me prête une oreille distraite mais surtout désemparée : »comment font les autres ? Avec leurs deux voitures, leur maison, leur nouveau cinéma maison, leur lave-vaisselle, leur lave-linge tout neuf, leurs vacances dans le sud ? Comment font-ils ? Et pourquoi, pourquoi ne ferais-je pas pareil ? Où est le mal ? S’ils le font, c’est que c’est possible et que c’est même bien et souhaitable. Pourquoi je m’obstinerais à convaincre mon conjoint qu’on n’a pas besoin d’une deuxième voiture alors que je n’aime pas conduire, et que je n’en ai pas besoin, et que lui-même n’a pas encore son permis ? » (fait véritable)
C’est presque une croisade religieuse.
Je vais arrêter d’en parler, de faire des remarques. Je veux maintenant seulement m’en tirer, moi, et essayer de sauver ma soeur. Et mes parents. En gros, ceux auxquels je tiens et qui pourraient avoir un impact sur ma vie si, par leurs gestes, ils devenaient un jour à ma charge.
Le prêche par l’exemple.