Ce billet est inspiré d’un billet de petitesoeur datant du 9 juin 2009, où elle écrit que pour établir un prélévement automatisé, sa banque lui a chargé la somme éhontée de 9 euros. J’avais d’ailleurs laissé un commentaire assez fumant à ce sujet sur son blogue. Et puis doucement cela m’a mis en branle.
En fait, vous êtes vous déjà demandé comment les banques fonctionnent? Le principe de base est simple: Pour prêter de l’argent à des débiteurs celles-ci utilisent l’argent que les épargnants leur ont confié. Elles utilisent ce qu’on appelle l’effet multiplicateur de crédit. Un exemple devrait simplifier de beaucoup l’explication; pas besoin d’utiliser des termes financiers à outrance, vive la vulgarisation ; -)
Alors voici : Disons que la banque PasseMoiTonFric ouvre ses portes à Montréal, et Madame Fourmi est leur toute première cliente. Elle dépose $100 dans son compte en banque tout neuf. Dix minutes plus tard, Madame Cigale arrive et demande à emprunter $80. La banque PasseMoiTonFric autorise l’emprunt, ce qui fait qu’il ne lui reste plus que $20 en réserve.
Évidemment, le taux d’intérêt que PasseMoiTonFric accorde sur le dépôt de Madame Fourmi est faible, voir inexistant. Pour un exemple concret, le taux d’intérêt sur mon compte de chèque standard que je détiens à la Banque Royale est de 0.00%. Je recevais il y a de cela quelques temps $0.01 en intérêt (lisez un centime) tous les deux mois, ce qui était absolument ridicule; il semble que la crise ait décidé la RBC à carrément mettre le taux à 0%. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle je ne laisse jamais plus de fonds qu’il ne le faut sur mon compte bancaire courant. Tout argent en excédent par rapport à mes dépenses planifiées est systématiquement envoyé sur mon compte ING Direct, quitte à le transférer de nouveau en cas de besoin. Le taux actuel est vraiment très bas (en Juin 2009, 1.35%). C’est toujours mieux que rien, et mieux que la plupart des institutions financières en ce moment!
Mais revenons à PasseMoiTonFric. D’un autre côté le taux d’intérêt imposé à Madame Cigale pour emprunter est évidemment beaucoup plus élevé. Disons qu’il est de, par exemple, 6%. À la fin de l’année, PasseMoiTonFric aura gagné $4.80 en intérêts sur son prêt à Madame Cigale, et ne payera aucun intérêt à Madame Fourmi pour lui avoir confié son argent. Cela fait $4.80 directement dans leur poche, gagné à partir de rien (ou à partir de l’argent des autres).
Voila comment les banques font leur argent. Et je ne parle même pas des frais d’administration divers qu’elles imposent et qui sont la plupart du temps franchement honteux, l’épisode de petitesoeur étant l’évènement déclencheur de ce billet.
D’un autre côté si Madame Cigale décide de récupérer la totalité de son solde, PasseMoiTonFric sera en difficulté. Elle n’aura pas l’argent en réserve puisqu’elle l’aura prêté à Madame Fourmi; si on simplifie cette situation à outrance il ne lui resterait qu’à faire faillite. Qu’à cela ne tienne, Madame Cigale pourra toujours récupérer ses fonds grâce à la SADC.
Dans la vraie vie, la banque dispose d’un grand nombre de déposants. Disons que 100 personnes déposent $100 chacun dans un compte, et la banque prête $80 à un autre groupe de 100 personnes. Cela lui laisserait tout de même $ 2,000 dans ses coffres. Ainsi, même si 20% des déposants venaient récupérer leur argent, la banque serait quand même en mesure d’opérer.
Les banques et institutions financières sont autorisées à émettre des crédits tant qu’elles disposent de réserves suffisantes en leur possession. Elles sont tenues de conserver une fraction de leurs dépôts en réserve. Elles cessent simplement de prêter quand leurs réserves sont menacées. Avec la crise qui bât son plein, ce genre d’épisode est de plus en plus fréquent.
Ce qu’il y a de triste dans cette histoire est que nous sommes dépendants de ce système. Sans lui il serait impossible d’emprunter de l’argent pour se payer une maison, une voiture, ou quoi que ce soit qui ait un prix assez élevé pour nécessiter un crédit. Je suis capitaliste, c’est vrai, mais pas radicale. Même si je suis d’accord avec le principe à la base, je trouve dommage que les banques soient si peu généreuses quant à l’argent qu’on leur confie (0% d’intérêt, qui dit mieux?) mais si agressives quant à l’argent qu’on leur emprunte.
Le risque quant à ce système repose principalement sur le fait que la banque peut effectivement prendre de mauvaises décisions d’investissement avec l’argent qui lui est confié. Cela arrive parfois; si cependant les déposants décident tous en même temps de venir récupérer leurs fonds, la banque peut se trouver dans une position où elle n’aura pas assez de réserves pour les payer. C’est ce qui s’est passé avec la banque Northern Rock en 2007 et avec IndyMac en 2008 – dans les deux cas, ces banques ont subi une crise de liquidités qui a mené à leur faillite respective.
Donc Oui, les banques ne sont pas infaillibles, et encore moins en temps de crise. Elles sont gérées par des êtres humains, tout simplement. D’un autre côté, même si l’argent que nous plaçons dans des comptes en banque courant ne rapporte aucun intérêt, les fonds sont tout de même assurés jusqu’à concurrence de $100,000 ce qui rend la banque beaucoup plus sécuritaire que de laisser son argent sous son matelas!
Tout ceci a commencé par une petite remarque sur un blogue : -) Le temps de laisser fomenter le tout, et voila ce qui en est sorti! J’espère que ce billet vous a plu et que grâce à lui vous comprenez un peu plus comment les banques font de l’argent… avec l’argent des autres.
Popularity: 26% [?]
Billets qui peuvent aussi vous intéresser:
- Comment économiser en analysant ses factures – Partie 1: Cas vécu
- Comment organiser ses entrées et sorties d’argent – gérer ses comptes
- Comment changer de banque
- Comment économiser en analysant ses factures – Suite et Fin
- Comment économiser en analysant ses factures – Partie 2: Et Vous?












Le système est encore plus vicieux que ça, les banques peuvent prêter bien plus que leurs réserves réelles, car une dette dûe par un client est aussi considéré comme une réserve.
Pour aller dans le détail, il y a un petit court métrage très bien fait à ce sujet : c’est L’Argent Dette de Paul Grignon. Il est disponible librement un peu partout sur Internet, par exemple :
http://www.dailymotion.com/video/x75e0k_largent-dette-de-paul-grignon-fr-in_news