Un peu d’histoire… L’introduction vous paraîtra peut-être un peu longue mais cela vous en apprendra un peu plus sur moi. Je suis née et j’ai grandi dans un endroit privilégié, au Maroc. Mes parents sont aussi nés là, eux-mêmes de parents émigrants Français et Espagnols. Nous sommes des Pieds-Noirs. Le Maroc était un protectorat (géré par le régime colonial Français). La France a reconnu l’indépendance du Maroc en 1956; je suis née en 1969 donc logiquement j’aurais du naître en France. Le fait est, tous les Français ne sont pas revenus immédiatement en France après la déclaration d’indépendance. Le Maroc a repris les terres progressivement, cela a pris quelques années. Mes grands-parents ont officiellement perdu leurs terres (qu’ils avaient payées avec de l’argent sonnant et trébuchant) et leur ferme (qu’ils avaient fait fructifier à la sueur de leur front) en 1973. Je n’émettrai aucune opinion sur la question, ce n’est pas le but de ce blogue de discuter de l’indépendance d’un pays ou des agissements de la France. Le passé est le passé. Assurons-nous seulement de ne pas réitérer les mêmes erreurs.
Le fait est, j’ai vécu au Maroc jusqu’en 1988, j’y ai passé mon baccalauréat avant de quitter pour la France et l’université. Mon père jouissait d’une position clef, en tant qu’ingénieur hydraulique. L’eau étant source de vie, surtout dans un pays où elle peut se faire rare, les services de mon père ont été retenus, lui donnant l’opportunité de rester en poste; et cela m’a aussi donné l’opportunité unique de vivre une enfance heureuse, choyée, unique et franchement privilégiée. Il ne m’arrive que très rarement d’en parler, et généralement seulement avec des personnes qui ont vécu ce type d’existence.
Où veux-je en venir? On ne parlait jamais d’argent à la maison. L’argent évidemment était omniprésent. Mon père gagnait très bien sa vie mais la famille vivait sans ostentation. Ma mère a élevé ses enfants. Elle s’occupait aussi des deux maisons; une en ville pour assurer l’éducation des rejetons, l’autre en plein bled près du barrage où mon père passait le plus clair de son temps. Pour faire simple, le sujet de l’argent n’était pas abordé.
À dix-neuf ans je me suis envolée pour la France. Encore une fois mon père avait veillé à tout. J’aurais pu ne jamais travailler. Inscrite à l’université de lettres de Nice, je recevais une allocation mensuelle pour la simple raison que j’étais sa fille, et que mon père ne laisserait jamais un de ses enfants dans le besoin. Mon appartement était payé, je n’avais que quelques factures à assumer, ainsi que ma nourriture et les quelques besoins qui pouvaient se présenter. Je n’avais qu’à me soucier de mes études. Je suis consciente de faire partie de la grande minorité des privilégiés à qui cela a pu arriver. C’est sans doute pour cela que j’ai si bien fait. J’ai profité de l’opportunité. Je ne pourrais jamais assez remercier mon père pour le cadeau sans prix que j’ai reçu tout au long de ma jeunesse. Ma mère aussi d’ailleurs, bien qu’elle ne tînt pas les cordons de la bourse. Elle compensait autrement.
L’argent n’a jamais été un souci pour moi. En tout cas, pas à cette époque! J’aurais pu en profiter, vider mon compte, me mettre systématiquement à découvert. En fait cela est arrivée les quelques premiers mois. J’avais le mal du pays, des difficultés à m’adapter, et j’avais commencé à jouer aux premiers jeux « en ligne » qui existaient à l’époque, sur le minitel. J’ai passé quelques heures à jouer, sans réaliser que j’étais facturée à la minute. Quand la facture de téléphone est arrivée, j’ai rapidement déchanté! Je me rappelle encore le sentiment de panique qui m’avait envahi! Cela m’a servi de leçon. J’ai éteint l’appareil maudit pour ne plus jamais y retoucher. Après ça, je me suis toujours arrangée pour garder mon compte en positif, ou en tout cas je n’étais jamais dans le rouge.
Avons-nous un « gène de l’argent »? Mes parents ne m’ont jamais enseigné à tenir un budget, ne m’ont jamais appris à regarder aux dépenses. Arrivée en France, mon père a endossé ma carte de crédit, la banque a imprimé des chèques en mon nom, il ne me restait plus qu’à me laisser aller. Et pourtant, j’ai toujours planifié avec rigueur la façon dont je dépensais mon pécule. J’ai insisté pour travailler dans une boulangerie en été, non pas par nécessité mais par curiosité.
Je n’étais jamais dans le rouge mais je n’ai pas appris à mettre un sou de côté non plus. J’ai systématiquement brulé l’argent qui s’offrait à moi, de façon quelques fois extravagante mais sans jamais m’endetter. Je ne regrette rien, mais je ne peux m’empêcher de penser que tout cet argent est maintenant envolé. Oh, c’est sûr, j’en ai profité! Le mot « investissement » n’a jamais rien signifié pour moi avant très tard dans ma vie, la vieille vingtaine pour être exacte. C’est en fait quand j’ai commencé à vouloir fonder une famille que j’ai vu l’importance d’épargner, de penser à mes vieux jours, à ma retraite; j’ai réalisé l’importance d’avoir un fonds d’urgence pour parer aux imprévus. Un jour, enceinte de notre premier enfant, j’ai réalisé que la vie que je portais en moi était complètement dépendante de ma capacité à gérer ma propre vie, et cela inclut évidemment la gestion des finances familiales. J’ai alors réalisé les sacrifices et les efforts que mes propres parents, qui n’étaient certes pas nés riches, avaient fait pour protéger leurs enfants du manque. Je me rends compte aujourd’hui combien j’ai bien pu coûter financièrement à mes parents… les études à rallonge dans des pays qui leur étaient étrangers, les voyages d’agrément, les voitures, et j’en passe et des meilleures. Je me suis rendue compte que je ne serai certainement pas en mesure d’élever mes enfants dans le même contexte d’abondance. Par contre ce que je peux et veux faire est leur passer le message. Je veux qu’ils sachent que je serai là pour eux, mais en m’assurant qu’ils prennent leurs responsabilités. Je veux qu’ils apprennent ce que c’est qu’économiser, et pourquoi. Je voudrais éviter qu’ils vivent l’exemple de leur père comme si c’était l’exemple à suivre. Mon ex s’est toujours rendu à l’extrême… dépenser sans compter, plus que ce qu’il ne gagnait et s’endetter quand les revenus ne suffisaient plus. Mon ex n’a jamais eu de problème à emprunter, à la banque, à sa famille, à ses amis, à moi-même… La situation de mes enfants me préoccupe déjà, bien qu’ils soient encore jeunes. On n’est jamais assez jeune pour commencer à s’occuper de ses finances. Il n’est jamais trop tôt pour commencer à développer le « gène de l’argent » chez vos enfants. Voici ce que vous pouvez faire:
À la maison, les questions financières sont toujours abordées ouvertement. Quand quelque chose qu’ils souhaitent avoir coûte trop cher pour être payé immédiatement, le mot est dit. Le choix est donc de mettre de l’argent de côté pour obtenir l’objet convoité, ou simplement d’oublier et de passer à autre chose. Impliquez-les dans les finances de la maison. Montrez-leur dans les grandes lignes ce que vous dépensez et ce que vous épargnez chaque mois. Quand ils seront en âge de comprendre, je leur montrerai ce blogue. Donnez l’exemple. Si l’argent se fait rare, ne le cachez pas. Expliquez leur que les temps sont plus difficiles et que cela aura peut-être des répercussions pour la famille, sur les sorties par exemple.
La cagnotte Wii trône fièrement dans la cuisine et les enfants me demandent régulièrement combien d’argent s’y trouve. Ils ne font pas de crise pour avoir la console immédiatement, ils savent que ce n’est qu’une question de temps; au contraire, ils cherchent à contribuer du mieux qu’ils peuvent, mais je dois dire fièrement que ma fille fait très attention à sa tirelire. Je ne l’incite pas à dépenser, et elle a très rarement recours à sa cagnotte. Elle ne semble pas être dépensière. Elle garde le nez par terre dans les magasins; la dernière fois elle a déniché une pièce de 10 sous près des caisses. Elle était très fière de me l’apporter et nous l’avons religieusement placé dans la cagnotte. Ce sont les cents qui font les dollars, après tout.
Montrez leur comment dépenser. Emmenez-les faire les courses avec vous, montrer leur les prix sur les étagères, et donnez leur un ordre d’idée de ce que l’objet coûte.
Permettez-leur de gérer un petit montant d’argent. Voyez comment je m’y prend avec l’article « Comment intéresser ses enfants à investir »
Responsabilisez-les. Je vais ressortir mon exemple habituel, mais il est tellement approprié. Les lumières doivent être éteintes une fois qu’on est sorti de la pièce. C’est comme ça. Les murs et les meubles n’ont pas besoin de lumière pour être bien.
Les circonstances ou l’éducation ont fait que mes parents ne m’ont jamais inculqué tout ce qui précède, mais je ne pourrais jamais les blâmer pour ça. Il n’empêche que quelque part, je « savais » que ce n’était pas correct de vivre sur de l’argent emprunté, de dépenser plus que ce que mon allocation me le permettait. Aussi, j’aurais tout fait pour que mon père ne reçoive pas un appel de son banquier pour lui dire que sa fille était dans le rouge. Comme je l’ai dit, c’est arrivé une ou deux fois; c’était du à des erreurs de gestion ou de manipulation. Ça n’a jamais été volontaire ou calculé.
L’anniversaire de mon fils est le 14 février, le mien est le 10, mardi. Je vais frapper les 40 ans! Dans moins de 48 heures! Mon père, avec sa générosité qui le caractérise toujours, nous a envoyé €500 pour marquer l’évènement. Je vais offrir sa première tirelire à mon fils, de la part de son Pappy. Je sais qu’il en veut une, il adore celle de sa sœur, un globe terrestre où je peux leur montrer où je suis née. Qui sait, nous irons peut-être un jour?
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nous aussi, on parle d’argent à la maison. Les enfants sont informés sur les grandes lignes alors que dans ma jeunesse on en parlait quasiment pas.On essaye de leur apprendre la valeur des choses .