Comme annoncé, le thème du mois de mai de la Croisée des blogs discute du Succès, ou des étapes qui mènent au succès. Le degré d’accomplissement du succès peut être très facile à qualifier. Par exemple le succès internet d’Ashley Qualls, de whateverlife.com, ne laisse aucune place au doute. Par contre, dans la plupart des cas, dans la vie du commun des mortels dont je fais partie, la qualification du succès peut être subjective car elle peut être évaluée de différentes façons; ce que par exemple j’aurais pu accomplir et qui pour moi se traduirait par un vif succès pourrait être considéré comme banal pour quelqu’un d’autre avec plus de capacités que moi. Je suis une personne naturellement motivée et déterminée, qui peut motiver les autres également, et j’ai toujours eu beaucoup de succès vis-à-vis des objectifs que j’ai pu me donner dans la vie. Cependant, si je me compare à ma voisine qui est une vraie locomotive et pour laquelle j’ai beaucoup de respect, ce que j’ai pu réussir jusqu’à présent pourrait paraître banal ou tout au moins dans la moyenne. En effet, cela fait maintenant 8 ans que nous nous connaissons. En 8 ans elle a eu trois enfants, elle a étudié à plein temps, tout en travaillant quand elle n’était pas en maternité ou en arrêt de travail (du à un licenciement économique), elle vient d’obtenir son diplôme d’Ingénieur en Génie Civil, et s’est fait embaucher dans la compagnie où elle a fait ses stages.
En parallèle dans la même période, j’ai eu deux enfants, et j’aurais été bien incapable d’en avoir un troisième. Physiquement parlant, ma première grossesse m’a épuisé, je me suis également retrouvé en chômage économique et en congé de maternité, donc sans entrée conséquente d’argent, et avec un mari très souvent sans emploi et dépressif. Le montant des charges par contre était toujours aussi élevé (hypothèque, voiture, enfants, factures, épicerie). Par la force des choses, aussi licenciée pour raisons économique en 2001 et incapable pendant un temps de me retrouver un emploi, je suis devenue PowerSeller sur eBay, je me suis partie une compagnie, et je suis ensuite revenue, par choix, dans le monde des salariés. J’ai également divorcé.
Question enfants, ceux de ma voisine font beaucoup plus d’activités que les miens, ils sont toujours allés à la piscine, même au plus froid de l’hiver par exemple, ce que je ne me suis jamais convaincue à faire. C’est également elle qui gère toutes les activités de la maisonnée en plus de tout le reste, son mari n’était pas très porté sur la chose.
Bref, en me comparant à elle, ce que je faisais hier car nous avons passé une partie de la soirée ensemble, une soirée très agréable d’ailleurs, je sais bien que je n’aurais jamais été capable de faire ce qu’elle a fait pendant ces 8 dernières années. Elle aussi est une personne qui s’auto-motive, et elle peut soutenir un rythme littéralement endiablé pendant des années sans jamais fléchir. Malade ou pas, quelque soit la saison elle vaque à ses occupations et gère sa maisonnée comme la maîtresse femme qu’elle est. Elle mérite vraiment tout le respect que je lui porte.
Si je laisse les comparaisons de côté par contre, et que je passe en revue mes quarante ans de vie déjà passés, je peux dire que mon propre bilan général est positif, et je suis heureuse de la personne que je suis devenue. Pas question de comparer des poires avec des oranges, je ne suis pas ma voisine et chacune de notre côté avons su naturellement établir nos objectifs et agir en conséquence pour les rencontrer.
Je peux dire que ma voisine a rencontré le succès, et partie comme elle est, elle le rencontrera encore souvent. En tout cas, je le lui souhaite. Le succès, c’est avant tout une question d’attitude, un choix que l’on fait de vouloir réussir, de vouloir faire quelque chose de concret de ses dix doigts et se battre bec et ongles pour y arriver. Je connais aussi malheureusement des gens qui n’ont jamais connu le succès… ou peut-être qu’ils n’ont jamais su le reconnaître. Ils sont rarement satisfaits et quand ils le sont le sentiment passe vite. Ils sont souvent malheureux, et n’ont pas de sentiment d’accomplissement. C’est le cas de mon ex, qui pourtant avait tout pour réussir. Mon ex construit pour mieux détruire toute de suite après ce qu’il a entrepris; il est dans un cycle perpétuel de construction/destruction, qui fait qu’il n’arrive jamais à rien, qu’il recommence toujours de zéro, ou presque. Mon ex n’a pas de but précis, ou quand il en a un il s’en lasse ou se décourage, il passe à autre chose et laisse en plan tous les efforts qu’il avait mené à bien jusque là. Il n’y a pas de persistance, d’assiduité qui fait qu’il se noie vite, perd sa motivation et décide de se recentrer sur un autre objectif. Et le cycle recommence. En faisant cela il « remet son compteur à zéro », brûle une énergie incroyable et en bout de compte n’avance pas d’un iota, avec toute la frustration qui accompagne le processus. Juste à le voir aller, c’est éreintant!
J’ai moi-même rencontré le succès la première fois dans ma vie à 26 ans, et ce fut toute une victoire! Cela a eu pour conséquence de me prouver que j’étais capable d’atteindre tous les buts, tous les objectifs que je pouvais me donner, à condition de s’armer de courage et de détermination. On peut arriver à tout dans la vie à condition de le vouloir, et c’est aussi le message que je passe à mes enfants. Dans mon cas, après un baccalauréat en économie (B), j’ai fait des études de langues étrangères en Anglais et Espagnol sans trop savoir où cela allait me mener. Géographiquement cependant, cela m’a emmené en Angleterre où j’ai obtenu ma maîtrise; j’ai eu la chance de rencontrer une personne avec laquelle j’ai vécu pendant 5 ans, et qui m’a convaincu de « remettre ça » avec une licence en informatique. L’informatique en 1992 avait certes fait ses preuves et il était évident que la discipline était là pour rester. Mon bagage n’était pas du tout technique, surtout littéraire, et je n’avais pratiquement jamais touché à un ordinateur jusqu’à l’âge de 20 ans bien sonnés. Cependant une fois ma décision prise, rien n’aurait pu m’arrêter. J’ai donc appliqué à plusieurs universités dans l’ensemble du Royaume-Uni, y compris l’Écosse. Il y avait une université que je voulais par-dessus tout, parce qu’elle était reconnue et qu’elle était dans la ville ou j’étais, et là où mon petit-ami de cœur se trouvait également. Il s’agit de l’Université d’Aston, à Birmingham. J’ai donc rempli le dossier de candidature et me suis présentée en personne aux bureaux des Admissions. Le message reçu a été très clair et sans détour, et a donné tout de suite le ton à mon aventure: Il n’y avait plus de place. En tout cas plus de place pour quelqu’un comme moi. Il faut se rappeler le fait que j’étais Française, une fille ou plutôt une femme de 23 ans dans un environnement presque exclusivement masculin, et exclusivement anglophone, avec un passé universitaire certes, mais en langues donc pas du tout versé sciences. Disons que les circonstances étaient assez contre moi.
Je suis rentrée chez moi le moral dans les talons, ce qui est rare dans mon cas et de toute façon ne dure jamais longtemps. Je déteste quand ça m’arrive, je le déteste tellement que je me rappelle clairement des épisodes dans ma vie où cela m’est arrivé.
Deux semaines plus tard j’étais de retour dans le bureau des admissions, plus déterminée que jamais, en face de la même personne qui maintenant me regardait d’un air vaguement ennuyé. Et je lui ai dit, en bégayant un peu sous la pression mais en m’exprimant clairement tout de même, qu’il fallait qu’il me donne une chance et que je ne partirai pas d’ici sans avoir gain de cause. Il est sorti du bureau et est revenu quelques dix minutes plus tard en me disant que l’université ferait une exception. Je pourrais rester à condition que mes résultats prouvent que j’étais en mesure de suivre.
J’ai à peine bougé de mon siège. Pas un sourire n’est venu couvrir ma face. C’est vrai que ce résultat en soi était déjà une petite victoire. Ce très cher professeur aux admissions m’a d’ailleurs dit quand il m’a serré la main en guise d’entente, que je n’avais pas l’air si heureux que cela d’avoir été accepté parmi la population estudiante d’Aston. Le fait est, il n’était déjà plus dans ma ligne de mire, il n’existait plus. La personne que j’avais vu dans ma soupe pendant les deux dernières semaines avait disparu. J’avais passé ce cap, cet obstacle, il fallait maintenant que je me concentre sur les trois années de défi qui m’attendaient.
Et effectivement les défis étaient au rendez-vous! Ces trois années ont été très difficiles. Le décès de ma mère, une relation très houleuse avec la « belle-famille » qui ne m’acceptait pas, des cours très intéressants mais complexes, à des années lumières de ce à quoi j’étais habituée. J’étais la seule à avoir 23 ans sur 150 élèves en première année. La moyenne d’âge était 18, j’étais une fille parmi un groupe de 30, et la seule à recevoir mon diplôme de fin d’études. D’ailleurs il ne restait plus que 30 personnes en tout et pour tout en dernière année. Et bien sûr j’étais la seule Française.
Quand j’ai reçu mon diplôme, dont les résultats d’ailleurs n’avaient rien d’exceptionnels car j’étais dans la grosse moyenne, le professeur du bureau des admissions m’a félicité personnellement et m’a avoué qu’il était persuadé que je ne tiendrais pas le premier trimestre. J’ai apprécié sa franchise. À ce moment là, j’ai souri.
L’adversité ne m’a jamais fait peur, en fait c’est une source de motivation. Je ne veux pas prouver au monde ce dont je suis capable, c’est un défi personnel que je me lance. Ainsi, le succès se mesure de bien des manières. J’ai obtenu mon diplôme en juillet 1995 et en avril, donc 3 mois plus tôt, j’avais déjà un emploi, dans les salaires les mieux payés, à condition que j’obtienne mon diplôme. La combinaison Langues/Informatique en Angleterre ouvrait bien des portes et mon profil en intéressait plus d’un.
Je ne suis pas en mesure de dire ce que je serai devenue si je n’étais pas revenue dans le bureau des Admissions pour demander, en face, que l’on me donne une vraie chance. Tout ce que je sais est que j’étais déterminée et que je me serais battue pour parvenir à obtenir une place, et ensuite à la garder. Le succès se traduit aussi de cette manière. L’obtention de mon diplôme a fait la joie et la fierté de mon père, ma mère n’étant malheureusement plus présente pour assister à la cérémonie. Et surtout cela a gravé en moi la preuve que je peux tout faire, tout réussir, à condition de volonté, de courage, de travail et d’acharnement.
Le succès a ce côté « revenez-y » qui goûte très fort. On en devient vite dépendant, et on en demande à chaque fois plus. Pas par rapport aux autres, mais surtout vis-à-vis de soi-même. Au bout du compte, c’est à soi que l’on doit rendre des comptes avant tout, car on est seul à savoir si on a vraiment donné tout ce qu’on a à l’intérieur pour réussir. Le succès, couplé avec une belle éthique, fait que l’on s’améliore toujours, que l’on est droit, honnête, travailleur. Mama-Zen avec son blogue Objectif dette ZÉRO représente un superbe exemple de courage et une grande détermination. Ses objectifs également sont précis, ou en tout cas peuvent facilement être évalués sans laisser place au doute. Le seul ingrédient essentiel qu’il lui faut maintenant fournir de façon soutenue pour réussir est la Persistance. Ne jamais, jamais, baisser les bras. Je te souhaite tout le succès possible Mama-Zen, tu le mérites très certainement!
Et vous, votre succès, vous le calculez comment? L’avez-vous rencontré? Flirtez-vous avec régulièrement?
Popularity: 11% [?]
Billets qui peuvent aussi vous intéresser:












Que dire Val?
Quel parcours de battante!!! Wow! Je suis impressionnée de ta détermination!
Et aussi, MERCI, ce que tu as écrit me touche beaucoup
Mes parents m’ont fait un immense cadeau dans la vie: ils m’ont permis d’apprendre la valeur de l’effort. J’étais bambine et mon mantra c’était »Moi tapab’! » (Je suis capable de le faire toute seule)
Ils me taquinent encore sur cette petite phrase qu’ils trouvaient mignonne, mais ils savent aussi l’importance que ça revêt à mes yeux, encore aujourd’hui.
Il FAUT que j’y arrive. C’est MA vie, c’est à MOI de veiller à ce qu’elle soit belle… Moi tapab’!